Contexte
Le Wagadou, dit « Empire du Ghana » par les chroniqueurs arabes, atteint son apogée médiévale entre les VIIIᵉ et XIIᵉ siècles. Il s'étend alors sur le territoire de l'actuelle Mauritanie sud-est, du Mali ouest et de l'est du Sénégal (à ne pas confondre avec le Ghana moderne, dont le nom a été choisi en 1957 par Nkrumah en hommage à cet empire). Il contrôle le commerce transsaharien de l'or et du sel. Sa capitale, Koumbi Saleh (sud-est de l'actuelle Mauritanie), est l'une des grandes cités médiévales africaines, décrite par le géographe andalou al-Bakri en 1068. Les premières fouilles modernes y ont été conduites par l'archéologue français Raymond Mauny dans les années 1950. Pour les origines plus anciennes du Wagadou, voir l'entrée « Émergence du Wagadou » dans la période II.
Innovation majeure
- Fiscalité impériale sur le commerce caravanier
- Coexistence islam-religions traditionnelles dans une capitale dédoublée
- Modèle politique soninké
Débat historiographique : le récit classique d'une conquête almoravide du Ghana en 1076, longtemps présentée comme cause de son déclin, est aujourd'hui largement remis en cause. Dans un article fondateur (Journal of African History, 1982), le britannique Humphrey J. Fisher relève l'absence de preuve solide dans les sources arabes anciennes. Avec l'historien américain David C. Conrad, il publie ensuite « The Conquest That Never Was » (History in Africa, 1982-1983), qui examine successivement les sources écrites arabes et les traditions orales locales sans trouver trace d'une conquête violente — les traditions orales pointant plutôt vers la sécheresse comme cause du déclin. En 1996, Fisher et l'historien finlandais Pekka Masonen synthétisent ce renversement historiographique. Ces travaux penchent pour une islamisation progressive et pacifique, portée par une élite marchande et courtisane déjà musulmane avant l'intervention almoravide, plutôt que pour une conquête militaire. Certains chercheurs, comme M. Hiskett, restent toutefois prudents face à ce renversement.
Sources · al-Bakri, Kitab al-Masalik (1068) · H.J. Fisher, Early Arabic Sources and the Almoravid Conquest of Ghana, JAH 23 (1982) · Conrad & Fisher, The Conquest That Never Was: Ghana and the Almoravids, 1076, History in Africa 9-10 (1982-1983) · Masonen & Fisher, Not Quite Venus from the Waves, History in Africa 23 (1996) · UNESCO, HGA vol. III (dir. El Fasi & Hrbek, 1990), ch. 4.